Marie-Dauphine Caron : « Je n’avais pas vu à quel point Anne-Gabrielle était allée loin dans l’amour de Dieu et la connaissance du Bien »

Parents d’Anne-Gabrielle, dont le procès de béatification et canonisation s’est ouvert samedi 12 septembre en l’église Saint-François de Paule à Toulon, Alexandre et Marie-Dauphine Caron témoignent de la maturité spirituelle étonnante de leur fille. Aînée attentionnée et timide, celle-ci tombe gravement malade à l’âge de 7 ans. Pourtant, elle ne cesse de les surprendre par son amour des autres et de Dieu, allant jusqu’au don total d’elle-même. Sous les yeux de ses parents, Anne-Gabrielle choisit d’emprunter un chemin d’acceptation, d’Espérance et d’Amour, au cœur même de la souffrance.

 

Comment vivez-vous l’ouverture du procès de béatification et canonisation d’Anne-Gabrielle ?

Nous le vivons comme une immense grâce, à la fois inattendue et vertigineuse. Inattendue, au regard du chemin d’humilité d’Anne-Gabrielle et de notre petitesse. Vertigineuse, car la sainteté dépasse notre condition humaine. Nous, parents, restons incarnés, avec tous nos manques et nos faiblesses, alors qu’Anne-Gabrielle, que nous avons mise au monde, est déjà là-haut. Même si nous ne pouvons pas présumer de ce que l’Église va décider, nous l’avons vue vivre et mourir, en sachant que ce qui se passait était hors normes.

J’ai écrit un livre pour témoigner du chemin d’Espérance d’Anne-Gabrielle. La porte qu’elle avait à franchir était étroite : il n’y a rien de pire pour notre humanité que la souffrance et la mort. Pourtant nous avons pris conscience que c’était pour un avenir plus sublime en Dieu.

 

Qu’incarne Anne-Gabrielle à vos yeux ?

Pour nous, elle incarne l’Évangile dans ce qu’il y a de plus concret et de plus petit. Ce qu’elle a réalisé, avec toute sa simplicité et son humilité d’enfant, ressemble beaucoup à la petite voie de sainte Thérèse. Par l’offrande de sa vie, elle a dépassé sa souffrance et la peur de la mort – qui étaient bien réelles. Elle a tout dépassé en disant : « oui, j’accepte », « oui, j’offre ». C’est un chemin de sainteté extrêmement simple, mais aussi extrêmement beau. Par son exemple, elle nous a complètement tournés vers le Ciel ! Le fait que l’Église se penche aujourd’hui sur Anne-Gabrielle montre combien on est grand quand on est petit.

Un mois avant sa mort, alors qu’elle venait d’apprendre qu’elle était condamnée, elle me confiait : « Maman, ce matin, j’ai pensé au fait que si je mourais, je ne pourrai rien pour moi. Alors j’ai pensé aux âmes du purgatoire et j’ai offert des sacrifices pour elles. Dites, vous pensez que les âmes, pour lesquelles j’ai offert des sacrifices, savent que quelque part sur Terre, une petite fille de 8 ans souffre pour elles ? ». L’expression une petite fille de 8 ans, sans dire ni Anne-Gabrielle, ni moi, ainsi que les mots quelque part sur Terre, sans même nommer l’endroit, en disent long sur elle. Cette phrase la résume magnifiquement, car je pense que c’est dans sa petitesse qu’elle a pu réaliser tant de choses. Elle voulait aider à sauver des âmes, et elle a pu le faire par ses sacrifices cachés.

 

Qu’est-ce qui vous frappait en premier chez Anne-Gabrielle ?

Comme c’était une enfant timide, elle faisait tout passer à travers ses yeux. Les gens qui la connaissaient étaient frappés par son regard profond, plein de paix, de bonté, d’amour. Un jour, alors que je m’étais fâchée contre ses frère et sœurs trop bruyants, j’ai vu de la douleur dans ses yeux. Pleine de culpabilité, je lui ai demandé pardon de l’avoir fatiguée avec mes cris. Se tournant vers moi avec un visage radieux, elle m’a répondu : « Oh ! Maman ! Bien sûr que je vous pardonne ! Bien sûr, cela me fait plaisir que vous me demandiez pardon, mais vous savez, je vous avais déjà pardonné. » En me disant cela, elle avait un regard qui rayonnait la miséricorde de Dieu. À tel point que, quand je vais me confesser, je revois ce regard de miséricorde de Dieu pour l’âme repentie.

 

Qu’avez-vous découvert sur Anne-Gabrielle ?

Comme parents, il est vertigineux, déstabilisant de repenser à toutes les choses que nous avons vécues avec elle, aux grâces que nous avons vues en elle, au grand amour qu’elle a su nous témoigner jusqu’au bout, à son abnégation, tout en n’ayant jamais fini d’en sonder la profondeur. Prochainement sortira un livre du père de Louvencourt qui porte un regard plus théologique sur la vie d’Anne-Gabrielle. Même si je n’ai évidemment rien appris sur elle en le lisant, cet ouvrage m’a fait réaliser combien nous n’avions pas mesuré la grandeur de ce qui se passait sous nos yeux. Je n’avais pas vu à quel point Anne-Gabrielle était allée loin dans l’amour de Dieu et la connaissance du Bien. C’est une nouvelle approche du travail de la grâce dans son âme.

 

Que souhaitiez-vous transmettre à votre fille aînée ? Quel regard de mère avez-vous posé sur Anne-Gabrielle ?

Très tôt, elle a manifesté une soif de Dieu. Vers 3 ans, elle montrait également une grande attention à la souffrance des autres. Avec le recul, j’ai pris conscience que le Seigneur avait mis entre nos mains des outils pour nous guider sur notre chemin d’éducateurs. Couple catholique, nous voulions que nos enfants aillent au Ciel. Des livres m’ont aidée, notamment l’un qui disait de toujours dire la vérité aux enfants. Élevés dans une relation personnelle à Dieu, nous avions appris jeunes à poser des actes de charité pour Lui faire plaisir.

Ce que nous avons ensuite voulu transmettre à nos enfants. Anne-Gabrielle a ainsi appris à offrir ses contrariétés et ses souffrances pour faire plaisir au Bon Dieu. C’étaient parfois de petites choses, comme des heures perdues à l’hôpital à attendre des résultats ou des examens, mais elles permettaient de donner du sens à ce que l’on ne pouvait pas changer et qui nous paraissait insupportable. Très réceptive, Anne-Gabrielle a pu ainsi exprimer son langage de l’amour qui était le don : tout était un cadeau pour elle ! Il y avait une relation évidente entre le don et l’amour. Petit à petit, je l’ai vue offrir tout ce qui était à elle, ses souffrances comme le reste par amour de Dieu et des autres.

 

Comment l’avez-vous accompagnée durant ses derniers mois de vie ?

Face à la gravité de sa maladie, nous avons supplié Dieu de nous aider. Anne-Gabrielle nous a dépassés, car elle était portée par le Saint-Esprit. Nous-mêmes avons été portés durant cette période. Comme je notais toutes nos conversations, j’ai été frappée de le constater en relisant mes notes deux ans après sa mort, tandis que je n’étais plus portée de la même façon par la grâce. Je ne me rappelais pas lui avoir dit certaines choses.

Par exemple, au moment où elle apprend sa mort, et alors même qu’elle a peur de mourir, elle me confie : « Ce qui m’ennuie, c’est que je n’ai rien à offrir au Bon Dieu ». Je lui réponds de façon impensable : « Écoute, puisque tu n’as rien à offrir, tu n’as qu’à lui donner ta vie ». En relisant ce passage, je ne me suis pas reconnue. Et pourtant elle a été capable d’entendre ces paroles ô combien difficiles et d’y répondre par la suite. Je n’étais qu’un instrument.

 

À quel moment avez-vous compris que le Ciel lui était ouvert ?

Quand nous avons compris que l’issue de sa maladie était fatale, nous voulions qu’elle meure le plus saintement possible pour passer de nos bras à ceux de la Vierge Marie après les souffrances de la Terre. C’était notre objectif premier. Cela ne nous a pas empêchés d’osciller constamment entre la supplication avec une totale foi du miracle et l’action de grâce devant sa « sainteté » croissante. En février 2010, alors qu’elle était prostrée de douleurs sur son lit, elle me dit : « Maman, vous allez me trouver très étourdie, car j’ai demandé au Bon Dieu de prendre toutes les souffrances des enfants de l’hôpital ».

Bouleversée d’entendre qu’elle avait demandé cela, tandis qu’elle souffrait déjà dans sa chair, je n’ai pu m’empêcher de lui répondre avec mon cœur de mère qui priait sans cesse pour qu’elle souffre moins : « Tu ne crois pas que tu souffres déjà assez ? – Oh si, mais je souffre tellement que si eux pouvaient ne pas souffrir ». C’est à ce moment-là que j’ai su qu’elle était prête à aller voir Dieu. Finalement, qu’a-t-elle fait ? Elle a demandé à prendre les souffrances des autres comme l’a fait le Christ quand il a pris nos péchés sur Lui. J’ai compris que je n’avais plus rien à lui apprendre. Et j’ai chanté le Magnificat.

Face à cette offrande absolue, j’ai compris que telle était sa vocation et que c’était surnaturel. Je ne suis plus devenue celle qui la guidait, mais celle qui la recevait. Malgré ses souffrances, elle est restée jusqu’à la fin dans une paix surnaturelle, nous montrant une voie d’abandon et de confiance en Dieu, à la portée de tous. À condition d’accepter qu’une petite fille nous montre le chemin…

 

Propos  recueillis par Lætitia d’Hérouville


 

Là où meurt l’espoir, brille l’Espérance (Éditions du Sacré-Cœur)
©Photos Collection privée

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