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“Une sorte d’impôt moral”

Interview de monseigneur Dominique Rey extraite du magazine “la Vie” n° 3196 (semaine du 30 novembre 2006). Propos recueillis par Claire Legros.

La vie : Que reprochez-vous au téléthon~?

Dominique Rey : Je ne suis pas contre l’émission, qui représente un formidable élan de générosité et sait mobiliser notre compassion et notre solidarité à l’égard des malades, mais je veux sauver une certaine éthique du téléthon. L’embryon est un être en puissance, et nous lui devons le respect. La science évolue, le monde change, mais pour moi, il existe un invariant qui traverse les cultures : la dignité de tout être humain, fût-il un germe de vie. Lorsque le téléthon finance des chercheurs qui utilisent l’embryon humain comme un matériau, il est de notre devoir de réagir. Je ne peux pas soutenir une science sans morale.

La vie : Vous n’appelez pourtant pas au boycott, comme l’a fait la fait la commission bioéthique de votre diocèse. Pourquoi ?

Dominique Rey : Le rôle de l’évêque est de rappeler les principes éthiques. A chacun ensuite de décider en conscience, de prendre ses responsabilités. En donnant à d’autres associations, ou bien en faisant pression auprès de l’AFM, en organisant des pétitions pour que les dons soient utilisés de façon éthique…
Soutenons toutes nos énergies pour trouver des thérapies, mais que cet élan de générosité soit porté par une éthique à la hauteur de l’enjeu !

La vie : Pourtant l’AFM se conforme aux lois de la République.

Dominique Rey : Nous appartenons à une communauté nationale et je respecte ses lois. Je comprends que d’autres personnes expriment des opinions différentes de la mienne et je les respecte elles aussi. Je ne veux en aucun cas imposer à d’autres mes propres valeurs, mais j’ai aussi le droit d’exprimer ce que je crois. Donner au téléthon représente un acte volontaire. Il ne s’agit pas d’un prélèvement obligatoire, même si certains voudraient le transformer en impôt moral.

La vie : Ne craignez-vous pas que l’on vous reproche un manque de solidarité vis-à-vis des malades ?

Dominique Rey : Nous sommes confrontés à une forme d’impératif moral et culpabilisateur, un choix quasi irréductible : si l’on veut soutenir les malades, il faut donner au téléthon. A défaut, on risque d’apparaître comme quelqu’un de sans cœur. Le chrétien est le porte-parole de tous : les sans-voix, les malades, les personnes handicapés et les plus faibles, dont fait partie l’enfant à naître.
Nous avons le droit d’exprimer nos convictions sans qu’on nous montre du doigt sur le plan moral. Il y a d’autres moyens d’apporter son aide aux personnes souffrantes, en soutenant par exemple des organismes en accord avec nos convictions.


Sur ce même numéro du journal “La Vie” nous reproduisons l’éditorial de Jean-Pierre Denis

Changer le téléthon


Faut-il donner au téléthon ?

La question est abrupte, mais se pose avec une insistance croissante, après certains appels au boycott d’une institution qui apporte une partie de ses fonds à la recherche sur l’embryon. Pour les catholiques en particulier, tout ce qui conduit à traiter l’humain comme un simple matériau doit – être refusé avec force, même si ce “matériau” pourrait s’avérer utile. L’embryon, personne humaine en devenir, doit être protégé sans compromis, fût ce contre la médiatisation des bons sentiments. Ce sont ces arguments qui poussent l’évêque de Fréjus à prendre position, comme il s’en explique dans La Vie.

Faut-il pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain ?

Certes, les résultats de la recherche orientée par le téléthon vers la thérapie générique s’avèrent décevants, au point que le pari scientifique peut poser question. Mais la collecte a aussi permis d’apporter un énorme soutien à des familles que les pouvoirs publics laissaient jusque-là bien seules. Elle a redonné l’espérance à des malades jugés tout juste bons à mourir en souffrant. Elle a posé publiquement la question du handicap. Elle a, enfin mobilisé l’énergie d’une France altruiste et sensible. Le téléthon demeure la plus grande des fêtes populaires, la fête de la générosité. Ce visage ne saurait être défiguré au nom d’une bataille idéologique.

La réponse que nous livre la présidente du téléthon est simple, dans son étonnante intransigeance : Le téléthon ne changera pas. Mais l’argumentaire qu’elle développe est double. Laurence Tiennot-Herment rappelle d’abord que le téléthon n’agit que dans le cadre des lois. C’est heureux. Mais ce n’est pas assez : un organisme caritatif ne peut se contenter d’invoquer la législaté, il doit aussi prouver avec constance, avec patience et avec clarté, la justesse éthique de son projet. Le deuxième argument se place sur le terrain de la laïcité pour rejeter les objections venues du monde catholique. Renvoyer ainsi les convictions au placard nous semble assez téméraire. La logique du “donnez et taisez-vous” ne peut tenir lieu de réponse. Elle forcerait les donateurs, parmi lesquels de très nombreux chrétiens ont un choix douloureux : soit faire un chèque en taisant leurs éventuelles questions, soit ne plus verser un centime, presque malgré eux.

Cette absurde alternative, nous la refusons d’autant plus clairement que la solution au problème se révèle d’une simplicité désarmante. Le téléthon affirme consacrer à peine 1,5% des fonds collectés à l’expérimentation sur l’embryon. Si cette activité est marginale, y renoncer ne demande aucun effort, seulement du bon sens. D’autant que la recherche sur l’embryon est désormais très sérieusement contestée, non seulement pour des raisons morales, mais aussi parce que d’autres pistes s’ouvrent, notamment via les cellules souches adultes.

Le téléthon peut facilement nouer le dialogue, comme le suggère l’évêque d’Evry, Michel Dubost, et restaurer la confiance qu’une partie du public chrétien a perdue. D’une certaine façon, il le doit , car il n’est pas possible de décevoir vingt ans de mobilisation. Ses responsables refusent que l’on puisse choisir le type de projet que l’on veut aider. Ils sont donc amenés à faire le seul geste possible, un geste courageux : renoncer à financer la recherche sur l’embryon. Nous attendons qu’ils sautent le pas.

Il n’est pas possible de décevoir vingt ans de mobilisation.

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