Homélie à l’occasion de l’installation du P. Philippe-Marie N’Zébo
Dimanche 30 août 2026
Besse sur Issole
22è Dimanche du Temps Ordinaire année A
Installation du P. Philippe-Marie N’Zébo, nouveau curé
Chers frères et sœurs, vous tous paroissiens de Besse et de Flassans,
Monsieur le curé, cher Père Philippe-Marie,
Messieurs les maires de Besse et de Flassans, [s’ils sont là. Maire de Besse excusé… arrivera plus tard]
Nous sommes rassemblés ce matin pour un événement particulier à plusieurs titres : 1/ C’est Dimanche, le Jour du Seigneur, jour de la foi, jour de la résurrection. 2/ les deux paroisses de Besse et de Flassans changent respectivement de curé. 3/ Elles bénéficieront désormais du ministère d’un seul et même prêtre. Et 4/ c’est l’évêque en personne qui préside cette célébration, alors que c’est d’habitude le doyen. Nous mesurons donc l’importance de ce que nous vivons aujourd’hui.
C’est un véritable défi qui est proposé aux deux paroisses, un défi déjà entrepris ces derniers mois avec le catéchisme : vivre, prier et travailler ensemble, partager les forces pour servir la mission de l’Église qui ne se divise pas en morceaux : il s’agit d’annoncer l’Évangile, de célébrer le salut en Jésus-Christ le Seigneur, et de bâtir le royaume de Dieu par un témoignage de service. Si cette mission est celle de l’Église tout entière parce que c’est la mission de Jésus lui-même telle qu’il l’a transmise aux Apôtres, c’est aussi la mission de chaque baptisé. Il revient à chacun d’entre vous de prendre sa part dans cette mission, chacun selon ses charismes propres, et en préservant toujours et sans cesse la communion et la paix. Chacun doit rester humble et petit, soucieux des autres et du bien commun. Pas de chasse gardée. Personne ne peut s’ériger en maître de quoi que ce soit. Personne ne peut développer sa « petite affaire ». Tout germe de division n’est d’ailleurs pas l’œuvre de Dieu, tout le monde le sait ici à Besse. Le démon divise, le Christ rassemble. Ce n’est pas plus difficile que ça. Il suffit d’observer. Je le redis donc, c’’est la mission de tous les baptisés de prendre part à la mission, car l’Église n’est pas un service public de la religion avec ses fonctionnaires qui feraient le travail, mais l’Église est le peuple saint du Seigneur, la famille des disciples de Jésus. Dans une famille, chaque membre a sa place, pourvu que le membre soit relié à la tête.
Justement, si c’est la mission de chaque baptisé et de tous les baptisés ensemble, c’est au prêtre désigné « curé » de la paroisse selon le Droit de l’Église qu’il revient de guider, conduire, organiser, superviser, coordonner l’action de tous les baptisés. C’est lui la tête, pas par lui-même mais au nom du Seigneur, par l’ordination qu’il a reçue. « Curé » parce qu’il doit prendre soin des âmes : on dit en latin : « cura animarum ». C’est le curé, et lui seul, qui au nom de l’évêque, assure la responsabilité de la mission. C’est lui prêche l’Évangile, qui célèbre les sacrements et qui gouverne la vie paroissiale, aidé en cela par les paroissiens loyaux et généreux qui l’assistent.
Aujourd’hui, je vous présente donc l’abbé Philippe-Marie N’Zébo qui prend la suite de tous ses prédécesseurs ayant résidé aux presbytères de Besse et de Flassans. Il a toute ma confiance. Il a émis sa profession de foi et son serment de fidélité au début de la messe. Dans un instant je vais le conduire en des lieux importants de l’église : le siège d’où il présidera les offices et la prière commune, le tabernacle où il veillera sur la sainte réserve eucharistique, le baptistère où il donnera la vie éternelle à ceux qui deviennent membres de la sainte Église, et le confessionnal où il donnera avec bonté et miséricorde le pardon des péchés. J’invite chacun d’entre vous à prier pour lui, à le soutenir, à collaborer de façon simple, droite et loyale, à prendre votre part pour animer la vie paroissiale, tant ici qu’à Flassans, avec générosité, esprit fraternel, souci de la communion, ardeur pour la mission, soutien à l’éveil des vocations. C’est cela l’Église…. et non une cour de récréation où on se bagarre pour préserver sa place, un poulailler où on caquette sur les autres. Nous sommes là pour servir le Christ, pour annoncer l’Évangile du Christ, pour répandre l’amour du Christ, pour vivre de la vie du Christ. Et rien d’autre. L’évêque est là pour le dire clairement. C’est sa mission de dire la vérité, de corriger ce qui est faux, de redresser ce qui est tordu.
Arrêtons-nous aux textes bibliques entendus à l’instant :
Que dire ? Il n’est pas bien facile d’être chrétien. On nous traite souvent de ringards, de gens dépassés, hors de leur temps parce que nous sommes en décalage avec le monde. De fait, si nous regardons l’histoire, nous avons toujours été en décalage avec le monde. Rien de grave à cela, au contraire. L’opinion a toujours été fluctuante selon la majorité, selon les influences, selon les campagnes et propagandes avec, de nos jours, la force des réseaux sociaux et leur violence facile, avec les fakes-news qui visent à détruire et déstabiliser. Il faut se maitriser sur les réseaux, chers amis ! Le christianisme, lui, s’appuie seulement sur l’Évangile, il se réfère en permanence au Christ. Le Christ n’est pas une opinion. Le Christ est une personne, une personne divine, il est Dieu avec nous, Dieu au milieu de nous. Voilà pourquoi les chrétiens ne peuvent pas être des moutons de panurge, des loups qui hurlent avec les loups, des perroquets qui répètent rumeurs et ragots. Les chrétiens sont des hommes et des femmes libres, des croyants debouts, fiers de leur foi, et cherchant à rayonner de la présence de Jésus.
Je dirais même que les chrétiens sont le poil à gratter du monde. Ils sont des « prophètes », pas dans le sens qu’ils liraient dans les boules de cristal pour annoncer l’avenir, mais dans le sens que leur parole et leur témoignage aident à ajuster le regard sur le monde d’aujourd’hui, sur l’opinion publique, sur l’attitude des uns et des autres. Même s’il faut pour cela être en décalage ou en contradiction avec le monde.
Est-ce que cela nous amuse d’être souvent à contre-courant, en décalage ? Non, car nous ne sommes pas des provocateurs comme certains, des révolutionnaires, des trouble-faits. A l’instar de Jérémie, nous souffrons de voir l’humanité blessée, nos contemporains s’éloigner de Dieu et se noyer dans le matérialisme comme si la vie s’arrêtait avec la mort corporelle. Nous sommes appelés intérieurement à dire la vérité de l’Évangile, à proclamer la bonté infinie de Dieu. Dans quelques jours, le pape Léon XIV le dira au peuple de France avec sa douceur paisible et avec la force et le courage d’un prophète. Nous avons besoin de paroles fortes qui interpellent, déstabilisent parfois, et font réfléchir. Nous aimons cela plutôt que de nous laisser endormir par les discours soporifiques de tous ceux qui disent et ne font pas.
Jérémie dit : « Tout le monde se moque de moi ». Mais il il persiste dans son rôle prophète : « Tu m’as séduit Seigneur et j’ai été séduit. La Parole du Seigneur était comme un feu brûlant dans mon cœur » (Jr 20,7.9).
Comme Jérémie, laissons cette parole de Dieu brûler dans nos cœurs pour qu’elle soit notre point de ralliement, notre souffle commun, notre lumière sur la route de la vie.
En fait, ce matin, la question à se poser est de savoir si nous sommes encore chrétiens ? de vrais chrétiens ou des chrétiens de façade ? Aimons-nous Jésus le Christ, ou avons-nous une vie centrée sur nous-mêmes ? Sommes-nous au service du Christ et de l’Évangile ou de notre image et de notre réputation ? Sommes-nous prêts au sacrifice avec humilité ou préférons-nous les combats humains qui visent à émerger tout en enfonçant l’autre ?
Aimer Jésus, c’est l’écouter nous dire comme à ses disciples dans cet évangile : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ». Chers amis, c’est le moment des travaux pratiques ! Et pas du bout des lèvres. Aimer, c’est renoncer à soi-même par amour. Et il ne suffit pas de le dire. Il faut le vivre.
Au moment d’accueillir votre nouveau curé, éclairés par ces textes de la Parole de Dieu, je vous invite, frères et sœurs, et je vous le demande : laissez-vous réconcilier avec Dieu. Soyez des artisans de paix, une paix « désarmée et désarmante » comme aime le dire le Saint-Père Léon XIV. Que chacun et chacune, sans exception, accepte de s’engager sur le chemin de la conversion, de renoncer à soi et à son petit royaume personnel pour mériter le beau nom de « chrétien ».
Amen
Publié le 07.09.2026.