Cantique de l’ovalie

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Dans le Var, l’équipe de rugby du séminaire de la Castille a acquis une belle réputation. Rencontre avec un « XV des curés » qui distribue les bénédictions autant que les tampons.

Il fait encore très doux en ce mois d’octobre sur le petit terrain du Vallon du soleil, à La Crau, dans le Var. Une douzaine de joueurs se passent un ballon de rugby de main en main. L’entraînement s’achève, les joueurs se rassemblent en cercle et entament… un cantique. L’équipe du Rugby Club de la Terre Promise (RCTP) prépare son match amical du lendemain contre Barjols. Elle est composée de membres du séminaire de la Castille, une maison de formation de prêtres du diocèse de Fréjus-Toulon.

Guillaume va prendre sa douche puis retourne à ses prières. À 19 heures, c’est l’heure des vêpres. À la fin de l’office, chaque séminariste est amené s’il le souhaite à invoquer un vœu, une prière. L’un d’eux demande alors à la Vierge Marie de faire en sorte que le match du lendemain se déroule sans entrave et épargne les joueurs de blessures. En ces temps mouvementés, peut-être que la Vierge Marie a d’autres priorités. Guillaume en convient. Il a commencé le rugby dans un petit club des Vosges avant de quitter l’est de la France pour embrasser la carrière de marin, de sous-marinier, plus exactement. Et puis, emporté par sa vocation, il a quitté la marine pour entrer au séminaire.

« C’est ce qui m’a frappé, explique le sélectionneur du quinze de France, Fabien Galthié, ces jeunes avaient une vie riche avant et pourtant ils lui ont tourné le dos. J’ai trouvé ça très fort. Puissant. »

Fabien Galthié est venu à la Castille sur invitation du capitaine du RCTP, Marc-Antoine, dit Marco, au moment où son histoire avec le RC Toulon (de 2017 à 2018) se terminait. « Il s’avère que la sœur de Marco montait à cheval avec ma fille, il lui a demandé si je pouvais venir les entraîner, raconte Galthié. C’est comme ça que je suis allé faire une séance de touch rugby avec eux. Puis je suis allé au séminaire, j’ai assisté à la messe, pris un repas avec eux. Et ma rencontre avec ces jeunes a été très profonde. Je n’avais pas d’attente particulière, je les ai écoutés. Ils m’ont beaucoup donné (voir encadré)

Comme Guillaume, ils sont une cinquantaine à étudier dans ce séminaire. Huit années d’études sont nécessaires avant d’être ordonné prêtre. L’emploi du temps est strict et se partage entre prières, études, recueillement, tâches ménagères, mais pas de travail dans les vignes, alors que le domaine de la Castille en possède 150 hectares. En revanche, le mardi après-midi est consacré au sport. « J’en avais marre de jouer au foot », raconte le père Matthieu Bevillard, à l’origine de la fondation de ce « XV des curés », en 2014. « On a réussi à procéder à quelques conversions, sourit-il. Des footeux nous ont rejoints. »

Aujourd’hui, le père Bevillard officie en paroisse à Draguignan et continue à pratiquer le rugby au sein du club local. Et assiste toujours aux matches du RCTP. « Au séminaire on prend soin des âmes mais également des corps, explique-t-il. C’est la raison pour laquelle on a fondé cette équipe. Tous les ans on forme des prêtres rugbymen. Et tous les ans, on remporte le Bouclier de Brennus des curés vu qu’on est les seuls… »

Outre Fabien Galthié, plusieurs membres du RC Toulon sont venus, à l’occasion, leur donner un coup de main, à l’image de Guilhem Guirado, l’ancien capitaine des Bleus (aujourd’hui à Montpellier). « Avec Guilhem, raconte Guillaume, nous avons prié ensemble, c’était très fort. » Quand Fabien Galthié est parti rejoindre le quinze de France, en 2019, il a fallu le remplacer et c’est Marin Comor qui s’y est collé. Les joueurs du RCTP y ont vu plus qu’une coïncidence, un signe. Marin Comor est le fils de Jean-Christophe Comor, vigneron du très réputé Domaine… Les Terres promises, un vignoble sis sur la commune de La Roquebrussanne, dans les contreforts de la Sainte-Baume, un peu plus au nord du département.

Il fait nuit sur le stade. Les gars de Barjols sont à l’échauffement. Marin donne la composition d’équipe. Le XV de la Terre Promise, qui a reçu quelques renforts de paroissiens, se réunit sur le terrain et entame un cantique. Puis Marco, le capitaine, livre ses ultimes consignes : « Bon, on est là pour jouer au rugby, pas de bagarre hein ? On reste maître de nous. » « On essaie d’être sur le terrain en phase avec nos vies, explique Guillaume. Cela n’empêche pas des mauvais réflexes, on reste des hommes… Mais on évite de se battre, ce serait un contre-témoignage. » Matthieu Bevillard lance de l’eau bénite sur les joueurs : « Un peu de dopage », sourit-il.

Marin rappelle le plan de jeu. Il faut quand même un peu de séculier pour bien entamer la rencontre, on ne peut pas s’en remettre au seul bon Dieu pour gagner le match. Dès les premières actions, on saisit mieux les consignes de Marco, les curés ne sont pas venus là pour simplement égrener leurs chapelets. Les chocs sont rugueux. Frère Étienne distribue de jolies cartouches. « On donne tout ce qu’on a, dit Guillaume. En rugby, il n’y a pas de matches amicaux, et c’est aussi comme ça que le respect s’établit avec nos adversaires. » Les séminaristes et leurs renforts se montrent plus dynamiques, ça joue vite et debout, on ne sait pas si c’est l’influence de coach Galthié ou de coach Comor.

Sur le banc de touche, les remplaçants de Barjols ont leur explication : « Ils ont reçu de l’eau bénite et pas nous, ce n’est pas équitable, sourit Greg. Ils sont physiques, et ça joue bien. Ils encaissent bien. Mais ils ne peuvent pas s’énerver sinon aussitôt, la foudre les frappe ! » Le XV du RCTP récite son rugby et enchaîne les essais sans en prendre un. Ce qui fait dire à Greg, de Barjols : « Les voies du seigneur sont impénétrables et leur défense également. »

L’arbitre siffle la fin du match, remporté par le RCTP par plus de 50 points d’écart. Les séminaristes et leurs renforts applaudissent leurs adversaires et les associent
dans un ultime cantique. Tous vont ensuite se retrouver – à l’époque, c’est encore possible – à Toulon, au Graal, un pub associatif paroissien, situé à deux pas du stade Mayol.

« Je suis admiratif, soupire Dhiab, deuxième-ligne de Barjols, accoudé au comptoir, une pinte à la main. Au début, je n’osais pas leur rentrer dedans. Je me disais : ce sont des prêtres. Mais quand j’ai vu qu’ils n’hésitaient pas… Ils sont parfois hors-jeu, mettent des coups, finalement ils sont comme nous. Je suis musulman et j’ai beaucoup apprécié leur état d’esprit et leur cantique à la fin. »

La nuit enveloppe le pub. « La troisième mi-temps, c’est l’occasion pour nous d’expliquer qui on est, ce que l’on fait, raconte Marco. On parle de notre vocation de prêtre car ça interpelle nos adversaires. C’est souvent la première question qu’ils nous posent. Ils sont intrigués de voir des jeunes gens séminaristes. »

Les bières descendent et les chants montent au Graal. Le Coupo Santo (hymne occitan) pour Barjols, un cantique pour le RCTP… « Nous allons les recevoir  dignement à Barjols, assure Laurent, le demi de mêlée. Je suis athée mais c’est une belle rencontre de rugby. » Ite missa est.


Fabien Galthié : « Je ne m’interdis pas un jour d’aller faire un entraînement là-bas avec le quinze de France »

« Lorsque j’ai répondu à leur invitation, je venais d’être limogé (du RCT, en 2018), j’étais dans un moment d’introspection. Je me suis rendu à l’office, on a déjeuné, et après on s’est entraîné. On a fini par des chants. Leur prière racontait l’acceptation de l’autre. J’ai filmé le cantique, je l’ai gardé. Ils priaient pour moi. Jamais une équipe n’avait autant donné pour moi qui avais alors la réputation d’être un si mauvais manager… Ce fut très inspirant. Après, mon destin a basculé. Mais ils m’ont offert un chapelet et une lettre à l’attention de chacun des joueurs qui allaient disputer la Coupe du monde au Japon. J’ai donné les 37 lettres. J’étais un peu gêné, il fallait bien choisir mes mots car l’équipe de France est un espace laïque. Mais leur don n’avait pas de connotation religieuse. Il y a quelque chose de commun dans la notion d’engagement. Ils sont dans le partage, le don de soi, alors que nous, dans le sport de haut niveau, on est très autocentrés. Je ne m’interdis pas un jour d’aller faire un entraînement là-bas avec le quinze de France pour partager cet altruisme. »

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