Vivre le basculement de la Semaine Sainte

Au cours de la Semaine Sainte, et plus particulièrement durant le Triduum Pascal, nous vivons un basculement vers une ultime conversion. L’ajustement de la grande force de la Miséricorde divine à nos limites nous pousse à donner une réponse : la conversion. Cette dernière nous fait revêtir l’homme nouveau au cours de la nuit de Pâques. Mais quelle est cette conversion ? Et qu’implique-t-elle ?

 

Pendant le carême, nous sommes invités à transformer nos cœurs et à nous ouvrir intérieurement à plus grand que nous-mêmes. Mais en parallèle, nous avons aussi fait l’expérience de nos limites et de notre impuissance à changer nos vies. Dans l’année liturgique, le carême a le rôle de la loi, du précepteur qui nous accable et nous impose l’évidence écrasante de notre néant. En revanche, avec la Semaine Sainte, nous redécouvrons une force généreusement donnée à chaque fois que nous en avons besoin et qui se trouve dans l’Eucharistie. Cette dernière nous exalte au-dessus de la loi, en nous offrant une autre, cachée dans le Christ : l’amour miséricordieux qu’Il a pour nous. Le basculement s’opère : nous n’essayons plus d’être bon parce qu’il le faut, parce que c’est un devoir, mais parce notre joie réside à plaire à Celui qui s’apprête à donner tant d’amour ! La Semaine Sainte, c’est la sonnette de notre délivrance — de quoi ? Du carême et de sa loi qui accuse et juge notre infirmité.

 

Observer les événements…

Si l’on observe bien les événements de la Semaine Sainte, on remarque qu’ils sont marqués par un certain nombre de rites : ceux que suivent les juifs pour la Pâques par exemple, et l’institution de l’Eucharistie par le Christ. La suite du Triduum nous aide à comprendre cet acte pour saisir le sens profond du culte eucharistique qui, malgré sa dimension sacrificielle, ne se confond pas avec les sacrifices de l’Ancien Testament… Comme l’enseigne le Concile Vatican II (LG 7), la fraction du pain nous fait participer réellement au Corps du Seigneur et selon les mots de Saint Paul (1 Co. 6, 15), nous devenons les membres de ce corps. L’Eucharistie n’est donc pas un rite de plus, analogue à ceux de l’ancienne loi et sans effet libérateur… du reste, l’Église prie pour que les fidèles « puissent garder dans leur vie le mystère qu’ils ont saisi par la foi ». La communion au Corps et au Sang du Seigneur nous engage ainsi dans une nouvelle façon de vivre et poursuivant l’abaissement, en union avec le Christ, il nous appartient de mourir au péché. « L’homme ancien qui est en nous a été fixé à la croix avec [le Christ] pour que le corps du péché soit réduit à rien, et qu’ainsi nous ne soyons plus esclaves du péché. Car celui qui est mort est affranchi du péché. Et si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. »  (Rm. 6, 6-8). C’est là que tout bascule.

 

Comprendre…

Ce basculement est une vérité qui comporte la plus grande provocation de notre foi chrétienne. Un point qui rend le christianisme différent de toutes les autres religions. En effet, celles-ci prescrivent des actes rituels, des pratiques ou des techniques ascétiques et méditatives inventées par les hommes, en vue de se purifier, se libérer et se justifier pour être sauvé. Ces religions édictent des lois strictes et complexes, parfois difficiles à observer, et contraignent l’homme à s’y soumettre totalement.

Le christianisme en revanche est une libération de ces systèmes légaux et religieux astreignants. Le chrétien n’a pas d’autre loi que le Christ, Chemin, Vérité et Vie, et qui se donne en personne dans ce Sacrement, source et sommet de la vie chrétienne résumant tout le mystère de notre salut.

 

Discerner…

Si nous venons à nous délaisser de la liberté que Dieu nous offre pour retrouver l’asservissement à la loi, nous dépouillons le Mystère pascal de tout ce qu’il comporte de plus sérieux pour notre vie chrétienne. La perfection chrétienne ne réside pas dans un attachement à des prescriptions plus ou moins dures, à des pénitences ou des mortifications continuelles que la Loi de Dieu imposerait, car « Vous n’avez pas reçu un Esprit qui fait de vous des esclaves, mais des fils. » (Rom. 8, 15).   À ce titre, les pénitences et les mortifications que choisissaient de faire les saints n’ont pas été imposées par la loi, mais par « l’esprit de vie en Jésus-Christ ». Leur excellence chrétienne repose en ce qu’ils étaient des actes libres, sincères et dépassant la discipline de la loi. C’est pour cette raison que ce qui est bon pour un saint ne l’est pas pour un autre. Ce qui représente, chez l’un, un signe de sa liberté pourrait être, pour un autre, un signe d’esclavage. Les œuvres de perfections que nous choisissons ne doivent pas se transformer en une espèce de loi qui nous contraint de s’exécuter.

L’un des enseignements de la Semaine Sainte nous apprend que ce ne sont pas les observances strictes qui préservent du péché, mais l’amour du Christ. Seule notre compréhension de cette miséricorde et de ce don, avec le Christ, pourra accroître notre amour et notre sainteté. C’est pourquoi la Semaine Sainte peut être l’occasion de réfléchir sur les efforts de carême qui peuvent — ou pas — continuer à nous faire avancer dans la sainteté après Pâques. Autrement dit, à faire la part entre les actes qui relèvent de l’ancienne loi, de ceux qui permettent de vivre en accord avec la loi d’amour du Christ.

 

écrit par Maxime Bentz
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