Retour sur la soirée mémorielle pour les victimes d’abus dans l’Église

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Le week-end du 6 et 7 mars, des rencontres se sont déroulées dans le diocèse de Fréjus-Toulon, avec et pour les personnes victimes de violences au sein de l’Église. Cette démarche mémorielle s’est inscrite dans un chemin vécu dans tous les diocèses de France, durant la troisième semaine de Carême.

Un Chemin de Croix a été proposé le vendredi 6 mars à 18h au Sanctuaire Notre-Dame de Consolation à Hyères, présidé par l’évêque de Fréjus-Toulon, Mgr François Touvet. Le lendemain, à la salle paroissiale de l’Immaculée Conception de Toulon, une soirée mémorielle a été vécue à travers des témoignages de personnes victimes autour du thème « Et Pourtant nous avons gardé la foi ! ».

Le chemin de croix

Le chemin de croix s’est déroulé suivant les stations du chemin du Christ jusqu’à son don total, lors de sa crucifixion, rappelant à quel point le Seigneur Jésus ne fait qu’un avec les victimes, nos frères et sœurs grièvement blessés par les crimes qu’ils ont subis. Broyé par la souffrance et la mort, il s’est relevé et est ressuscité ; appelant chacun à rester très fermement ancré dans l’espérance de la résurrection qui se produit chaque jour de notre vie ; invitant à faire un pas de plus vers Dieu, un pas de plus vers cette lumière de foi, d’espérance et d’amour.

> Retour audio de paroles et témoignages lors du chemin de Croix

Parole d’une personne victime, « couler cette larme d’enfance » :

Parole du père Christophe Beaublat :

Témoignage lu d’une personne victime n’ayant pas pu venir :

Prière de Mgr Touvet pour les personnes victimes décédées

Prière de Mgr Touvet pour savoir accueillir les personnes

Mot de fin de Mgr Touvet et prière pour les personnes victimes

 

> Retour en images du chemin de croix 

 

La soirée mémorielle

La soirée mémorielle du samedi était organisée par un groupe de travail nommé par Mgr François Touvet, sur la place d’une pastorale de personnes victimes au sein du Diocèse. Nous avons été bouleversés par le cri de souffrance des survivants de ces abominations, scandales insupportables qui ne peuvent que susciter sidération et révolte.
Par miracle, ces infamies dévastatrices et insoutenables n’ont pourtant pas totalement éteint la braise sous la cendre. Des personnes victimes, notamment Karine, Lise et Michel, nous ont alors offert un cadeau incroyablement émouvant et réconfortant : leur témoignage d’un véritable chemin de foi et d’espérance.
Là où il y avait eu abomination et silence, ils ont voulu faire naître amour de la vérité et confiance dans une possible guérison. Une salle Saint Paul magnifiquement décorée, le chant, la musique, une méditation guidée, trois démarches inspirantes et une bénédiction du Saint Sacrement permirent aux participants de se sentir vraiment concernés, de vivre des moments très forts au plan émotionnel, et de repartir le cœur embrasé, convaincus de la nécessité de ce type d’évènement.

Témoignage de Lise :

« J’avais 8 ans, une confiance aveugle, remplie d’espoir et d’innocence. Je cherchais une famille offrant un amour éternel dont j’avais été privée au divorce de mes parents. Je cherchais un père, après que le mien soit parti vivre une autre vie. […] J’allais donc désormais devoir faire mon catéchisme avec le père Le Gac. A ce moment, je me souviens m’être sentie chanceuse, importante, particulière et digne d’intérêt. Mais je ne savais pas ce qui m’attendait. […] J’ai été agressée, violentée, touchée, manipulée, déshabillée, utilisée, salie, violée, dégradée, détruite, et humiliée. J’ai été contrainte de recevoir et pratiquer des actes sexuels alors que je n’étais qu’une enfant. Le monde de la sexualité m’était alors inconnu, et je l’ai découvert avec la plus grande violence qui soit. […]

Pourquoi je n’ai pas parlé enfant ? […] L’emprise puisque je n’étais qu’une enfant face à cet homme de 40 ans mon aîné. Une figure d’autorité, un père qui détient la parole de Dieu. Un guide spirituel. Pour un jeune enfant, il est impossible de prendre conscience du piège dans lequel on tombe innocemment. Il use de flatterie et de séduction (tu es belle, unique, incroyable, on vit ensemble quelque chose d’important, les autres ne pourraient pas comprendre), la proximité physique (caresses, baisers sur la bouche, les actes sexuels). […] Puis il y a la culpabilité. Il répète que je suis belle, intelligente, incroyable. Est ce que c’est moi qui l’ai séduit, qui le pousse à se comporter comme ça avec moi ? J’étais contente qu’il s’intéresse à moi, est ce que je voulais tout ça ? Ensuite il y a la peur, une peur face à cet homme qui peut me faire du mal et qui représente l’autorité, l’adulte, mais aussi l’église et Dieu. Mais également la peur qu’il exerce, dont il joue pour parvenir à ses fins “tu dois confesser tes péchés, tu dois continuer de venir pour te faire baptiser sinon tu iras brûler en enfer, toute ta famille ira en enfer, si tu ne viens plus je pourrai faire venir ta soeur,…” […] Quand on subit une agression d’une grande violence physique et psychologique, notre taux de cortisol augmente, et le corps [tend] à la fuite ou à l’affrontement. Quand on ne peut faire ni l’un ni l’autre, le taux continue d’augmenter et le cerveau est obligé de disjoncter pour éviter un arrêt cardiaque. C’est un mécanisme incroyable qui m’a sauvé la vie une centaine de fois. Cela produit chez la victime une coupure du lien avec la réalité, comme une absence. Ce qui est vécu au moment de l’agression n’est pas enregistré comme n’importe quel autre moment. Il est stocké ailleurs, dans une zone cérébrale appelée amygdale. Cela permet d’être coupé sur une courte période de ce que l’on vit émotionnellement et physiquement. […]

Puis le temps passe, on devient adulte […]. D’abord je remarque un vide, un souvenir que je suis censé avoir mais que je ne trouve pas. Une période de plusieurs années se trouve résumée en un seul petit souvenir dans ma tête, comme des pages arrachées dans un livre. Juste une phrase mémorisée, une simple scène en mémoire, et mon psychisme m’avait convaincu toutes ces années que le compte était bon, que tout était là. Mais en focalisant mon attention sur cette période de ma vie, je suis frappée par cette absence massive de souvenirs. […] Je fais ma levée d’amnésie traumatique en décembre 2023. […] Quand un souvenir traumatique remonte, on ne s’en rappelle pas, on le revit. Avec toute l’intensité émotionnelle qui a été enregistrée à l’époque, avec les sensations physiques dont on avait été coupé. Cette fois mon corps ressent la douleur, toutes les sensations physiques. J’entends ma voix d’enfant, j’ai mes réflexions d’enfant qui me reviennent. C’est la double peine. Obligée de revivre mes agressions pour qu’elles puissent s’inscrire dans ma mémoire consciente, et que je puisse témoigner. »

Témoignage :

« Quand on est enfant, tout est joie on découvre plein de choses, on questionne, on teste, et on demande aux adultes. Certains sont là pour nous aider, et d’autres pour nous enfoncer ou nous imposer leur réalité, leur perversion. Et font de toileur objet de désir. Et à partir de là, ton innocence part et ne reviendra jamais. Tu deviens alors un survivant. Mais Dieu a bien conçu notre corps. Et pour certains c’est le cerveau qui crée un mur, des barrières pour préserver. Mais un jour ça revient, en pleine gueule, avec une force démultipliée. Pour ma part, je me suis rendu compte que c’était pas normal, quand on est ado, ce n’est pas à un adulte de nous faire découvrir la sexualité. Surtout la sienne, ses perversions, car ça nous fausse toute la réalité de choses. Mais lui, pour nous faire accepter cette réalité, sait comment faire, il est très intelligent, tous les moyens sont bons, sa capacité à te faire culpabiliser, les menaces, les sous-entendus : « C’est notre petit secret », dit-il, « ça devrait rester entre nous », « tu veux pas faire souffrir ta famille », et bien non je ne veux pas alors j’ai accepté l’inacceptable, je me suis dit, s’il est capable de le faire à moi, au moins il ne le fera pas à d’autres, il a déjà une victime, on ne va pas en rajouter. Il avait une aura tellement grande que même nos parents devenaient ses amis proches, lui ont fait confiance. Ils étaient à cent lieues de se douter qu’il pouvait, tu ne pouvais pas leur dire « tu ne peux pas lui faire confiance ». Ils sont même allés jusqu’à me laisser dormir chez lui. […] On trouve le moyen que le jeune soit attiré, en l’occurrence les derniers jeux sur ordinateur, c’était nouveau pour nous, on est un enfant, on est innocent, et quand il nous propose de jouer plutôt que de travailler, l’enfant choisira toujours le jeu. [puis, il dit :] « Mais attends, il faudra que tu te confesses, car tu ne t’es pas confessé depuis longtemps. », ok pas de souci, je m’engage à me confesser. Et lui, au lieu d’utiliser cette confession pour t’aider à avancer pour t’amener sur le chemin de Dieu, il l’utilise à ses propres intérêts, il te demande même pendant la confession, si tu es attiré vers un garçon ou une fille, il te demande des questions intimes : « Est-ce que tu as déjà fait ça ? », et petit à petit il choisit ses mots. Toi tu ne réalises pas toujours, tu n’as pas son expérience, tu ne vois pas le danger arriver. Et lui, il a l’intelligence de s’arrêter juste avant d’aller trop loin, simplement pour préparer le terrain. Le repas se passe, et là à l’étage du presbytère, il a tout prévu. Il faut garder les apparences donc il a une chambre d’ami, mais au moment de me coucher : « Coucou, je viens te dire bonsoir, ça ne te dérange pas que je m’assoie à côté de toi ? Il n’y a pas de chaise, je vais me coucher carrément à côté de toi », et petit à petit, le danger se rapproche, et dépasse des points de non-retour.

Quand on est enfant, je peux vous assurer qu’on a pas la force, d’arrêter quoique ce soit, ni de dire quoique ce soit, car lui s’en charge à votre place il sait quoi dire, comment, et quand le dire. Et quand ça s’est passé une fois, c’est très facile pour que ça se passe plusieurs fois. Pour lui, il a juste à s’adapter à la situation et dire quelque chose pour nous amener vers le chemin où il a envie d’aller.

Je ne veux plus que ça arrive à d’autre car pour moi il n’y a rien de plus beau que l’innocence d’un enfant qui a la joie de vivre. Défendons nos enfants, protégeons-les car d’autres protègent, voient et encourage nos agresseurs en sachant très bien qu’ils le sont. Je vous rappelle que c’est un combat de tous les jours, chacun doit prendre ses responsabilités car devant Dieu, personne ne pourra mentir. J’aimerais avoir confiance dans les hommes, mais disons que je garde espoir. Malgré cela, j’ai gardé la foi car j’ai confiance en Dieu, et je sais qu’Il existe, je terminerai donc par une petite anecdote que j’ai vécue. Ce qui m’est arrivé sur le chemin de Compostelle. Je suis parti un soir à vingt heures, alors que ça faisait plus d’un mois que je préparais mon chemin, tous les jours je me disais il faut que je parte, il faut que je parte. Je suis parti un soir avec un fardeau tellement lourd que j’avais du mal à marcher. Plus j’ai avancé, et plus je me libérais du poids, il m’a fallut au moins quinze jours et demi pour lâcher prise, mais un lâcher prise total. En réalité, j’ai eu la grâce de pouvoir vivre ce que je souhaite à chacun de voir : voir la beauté de tout ce qui m’entourait, les végétaux, les animaux. Je me trouve dans ce monde et j’aurai voulu y rester. À ce moment-là, une petite voix m’a dit à mon oreille : « Tout ce que tu vois, tout ce que tu ressens, toute cette beauté, tout cet amour, n’est rien par rapport à ce que tu ressentiras au Paradis ». »

> Retour audio de témoignages

Témoignage de Karine :

Témoignage lu d’une personne victime n’ayant pas pu venir :

Témoignage lu d’une personne victime n’ayant pas pu venir, sur les abus spirituels :

 

> Retour en images sur la soirée mémorielle

> Pour tous renseignements, vous pouvez contacter Magali Menut : depla@diocese-frejus-toulon.com

> Découvrez la page diocésaine de la cellule d’écoute : frejustoulon.fr/diocese/services-et-pastorales/cellule-ecoute

Publié le 20.03.2026.

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