La Sainte-Baume, le troisième grand pèlerinage de l’Occident catholique

Article publié dans La Provence le 30/05/2021
Lazare, Marthe, Marie-Madeleine, Marie Jacobé, Marie Salomé, Sarah… La croyance veut que ces compagnons du Christ aient quitté la Palestine après Sa résurrection et débarqué à l’embouchure du Rhône. Ces saints qui font partie des personnages principaux des Évangiles auraient alors implanté leur religion dans le Sud-Est, avec de multiples miracles. Si la réalité de leur présence en Provence résiste mal aux recherches historiques, ils participent fortement aux racines des Églises chrétiennes.

Le récit de leur venue en Provence repose principalement sur un manuscrit attribué à Raban-Maur, évêque de Mayence au VIIIe siècle, un document conservé par l’Université d’Oxford. D’après ce texte, Marie-Madeleine suivit d’abord Maximin à Aix. Selon la tradition des Églises de Provence, elle se retira ensuite près de son frère Lazare, évêque de Marseille, dans une grotte aux Aygalades. Plus tard, son désir de vivre dans une solitude plus complète se réalisa lorsqu’elle s’installa entre le pays d’Aubagne et le Var : elle choisit une caverne très difficile d’accès appelée aujourd’hui Sainte-Baume (du mot provençal Baumo ou grotte) et utilisée dès l’Antiquité comme lieu de culte d’Artémis (la déesse de la nature sauvage, de la chasse et des accouchements). Elle y aurait vécu 33 années, dans la prière et la contemplation, avant d’être inhumée dans une basilique édifiée à Saint-Maximin.

« Une multitude de légendes et de faits extraordinaires se greffent sur cette vie orante et solitaire, amplifications dues sans doute à l’imagination fertile des Provençaux de l’époque, rappelle Mgr Thierry Teyssot, rédacteur en chef de la revue GallicanLes anges la transportent dans la grotte de la Sainte-Baume, l’archange Michel chasse un dragon présent dans la caverne, sept fois par jour les anges élèvent Madeleine dans les airs au sommet du rocher appelé le Saint-Pilon, elle ne prend aucune nourriture, sa chevelure croît à mesure que ses vêtements tombent en lambeaux et bientôt les remplacent complètement, etc. ».

Dès le Ve siècle, sous l’impulsion de saint Jean Cassien, un premier prieuré est édifié et la grotte attire de nombreux pèlerins. Parmi eux, plusieurs papes (Étienne VI, le premier en 816) et de nombreux rois dont Saint Louis, Philippe VI, François Ier, à deux reprises, Louis XIV, l’année de son mariage avec l’infante Marie-Thérèse d’Autriche, etc. D’importants aménagements sont alors réalisés, notamment au XIVe siècle, le « chemin des Roys » à partir de Nans-les-Pins : le sanctuaire de la Sainte-Baume est alors considéré comme le troisième grand pèlerinage de l’Occident catholique, après Rome et Saint-Jacques-de-Compostelle. Un rang perdu au fil des siècles, d’autant que le site est très endommagé durant la Révolution et l’Empire.

En 1858, Mgr Jordany, évêque de Fréjus-Toulon, demande au père dominicain Henri Lacordaire de redonner vie aux couvents de Saint-Maximin et de la Sainte-Baume, ce qui se fera l’année suivante. En 1860, on assiste à un renouveau du pèlerinage, le lendemain d’une fête organisée à Saint-Maximin. « La cérémonie se déroule le 20 mai, peut-on lire dans « La Légende de Marie-Madeleine ». La foule se presse, venue de tous les coins de France. L’archevêque d’Aix préside, entouré des évêques de Fréjus, de Marseille, de Nice, de Nîmes, de Gap… Les journaux de Paris ont envoyé leurs écrivains et leurs dessinateurs ». Ce jour-là, Frédéric Mistral est présent avec ses compagnons félibres : « Que ce fut beau ! », s’exclamera-t-il dans une correspondance avec Fernand Cortez. En 1889, la grotte reçoit un reliquaire contenant un tibia de la sainte.

En 1910, avec les lois de séparation des Églises et de l’État, la grotte devient la propriété de la commune du Plan d’Aups. Elle a depuis retrouvé de son lustre, même si la basilique souterraine envisagée en 1948 par l’architecte Le Corbusier n’a pu être réalisée. Le sanctuaire n’en conserve pas moins nombre de mystères, le moindre n’étant certainement pas le lieu de sépulture de sainte Marie-Madeleine : ses restes ayant été cachés au VIIIe siècle quand les Sarrasins franchirent les Pyrénées, rien ne dit qu’ils ont véritablement été retrouvés en 1279 à l’occasion de fouilles ordonnées par Charles II d’Anjou.

par Frédéric Guilledoux
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