« Sois un homme, un époux, un père » : ce que Mgr Rey a dit aux pères du pélé de Cotignac

Près d’un millier de pères de famille venus de toute la France ont marché du 2 au 4 juillet vers Cotignac. En cette année dédiée à saint Joseph, l’évêque de Fréjus-Toulon les a exhortés à se mettre à l’école de l’humble époux de la Vierge Marie.

« Chers pèlerins, chers pères en particulier,

En ce saint lieu de Cotignac et en cette année dédiée à Saint Joseph, particulièrement vénéré ici, le Seigneur adresse à chacun de vous une triple interpellation.

D’abord, « sois un homme »

Cette expression retentit dans l’Ancien Testament au moment de l’entrée du peuple élu en Terre Promise ; « sois un homme, sois fort et courageux », répètera Moïse à l’adresse de Josué. On réentendra cette exhortation lors de la construction du Temple de Jérusalem, dans la bouche de David qui s’adresse à Salomon. « Sois un homme ». Cette interpellation convie le peuple élu à la persévérance afin d’assumer sa vocation et de lutter contre la perversion. L’apôtre Paul, à la fin de la 1ère lettre aux Corinthiens, reprendra cette invitation : « Soyez des hommes. Soyez forts. Faites tout avec amour » (1 Cor. 16, 13). L’apôtre des Gentils invite les premiers chrétiens à passer de la satisfaction égoïste de leurs envies au désir spirituel de mettre le Christ au cœur de leur vie afin de devenir des hommes nouveaux, des « hommes selon le cœur de Dieu. » (Act. 13, 22)

À l’heure où les identités anthropologiques sont de plus en plus brouillées et fragiles, happées par la sacralisation de l’ego et la surenchère donnée au pathos, cet appel biblique « sois un homme » retentit particulièrement pour nous au travers de la figure tutélaire de Saint Joseph. Joseph nous invite, comme au Bessillon, à soulever le rocher de nos vies, une pierre lourde de combats, de doutes, d’épreuves, « d’échardes dans la chair » (2 Cor, 12) pour que jaillisse une eau claire et féconde où pourront s’abreuver ceux qui nous entourent.

« Sois un homme » à la suite de Saint Joseph. Joseph, cet homme humble qui ne cherche pas la survalorisation de soi ni à pavoiser à l’avant-scène de l’histoire, mais qui toujours se tient en retrait. Joseph, cet homme patient qui compte sur la fidélité de Dieu et qui sait distinguer l’urgent de l’important. Joseph, toujours disponible aux appels d’en haut qui déroutent nos projections et nos prévisions personnelles.

Saint Joseph, un témoin, pas une idole

Force et douceur en Joseph se rejoignent au service d’une cause qui le transcende et le transporte au-delà de lui-même sur des chemins non balisés. Joseph se livre sans restriction et sans retour en arrière à l’appel de la Providence. Joseph redit à chacun d’entre nous : « Fais de ta vie une aventure. Sors de toi-même ! Dieu t’appelle. »

En effet, notre tentation commune est de vouloir se construire par soi-même, de prétendre s’auto-réaliser en donnant libre cours à ses envies narcissiques, de se « la sur-jouer ». On en vient à oublier ses limites et ses vulnérabilités. L’homme contemporain refuse que la vie se reçoive grâce à des médiations. En premier lieu, celle de nos parents (or ce n’est pas nous qui avons décidé de naître). Pour s’émanciper de ses racines et de toute antécédence, l’homme post-moderne congédie les figures modélisantes auxquelles il pourrait s’identifier afin d’advenir à soi-même. Tel est pourtant le témoignage des saints. Leur parcours de vie inspire le nôtre. Sur leurs traces, nous cheminons vers Dieu plus vite et plus profond, en empruntant la coursière qu’ils se sont frayés en direction du Ciel. Saint Joseph pour nous est d’abord un témoin, et non pas une idole. Il ne retient pas pour lui-même la lumière divine qui traverse sa vie. Cette lumière le trouve tellement humble, chaste et confiant en Dieu qu’il ne lui oppose aucune résistance.

À l’école de Joseph, « sois homme » en devenant toi-même, à partir de ta propre histoire. Un proverbe juif dit que « Dieu ne sait compter que jusqu’à un ». Face aux mimétismes médiatiques et aux effets de mode, acquiers, conquiers ta propre singularité, ton unicité à partir de ta propre histoire et ta rencontre personnelle avec le Christ qui te dit dans le secret de ton âme, « je t’aime tel que tu es ; là où tu te trouves. Et je veux faire de ta vie une histoire sainte, une épopée. Tu éprouveras ma miséricorde. Et je serai ta joie. »

« Sois homme » mais « sois aussi époux »

C’est un immense honneur que Dieu fait à l’homme de lui confier celle qui sera « l’os de tes os, la chair de ta chair », comme le rapporte le livre de la Genèse. C’est à l’intérieur de cette altérité que se noue entre l’homme et son épousée une intimité de chair et d’âme, en vue d’une fécondité commune. L’alliance conjugale permet à l’autre de me connaître, mais aussi de me révéler à moi-même, sans tricher, sans biaiser. Le Seigneur bénit cette alliance devenue un sacrement, c’est-à-dire un signe par lequel Dieu se révèle. Le Christ se dit dans l’union de deux êtres qui s’épousent, et Lui-même vient purifier, élargir, étayer leur amour en le rendant plus vrai, plus fidèle et plus fécond. La femme est une limite pour l’homme, elle borne son ego, sa prétention d’occuper toute la place. Mais aussi, elle le complète. Elle est sa chance (« l’avenir de l’homme » – Simone de Beauvoir) car elle l’ouvre à un au-delà de lui-même, à la vie qui surgira de leur union. Elle l’ouvre à Dieu et à la vie.

Chers pères, ce pèlerinage constitue une opportunité pour chacun d’entre vous de rechoisir votre épouse, et de refonder votre amour conjugal dans le Christ, le véritable époux qui est venu sceller une alliance nouvelle avec l’humanité afin de la sauver. N’oublions jamais que Jésus commence par son ministère public à Cana, à l’occasion des noces. Signifiant par ce miracle, à travers l’absence de vin, qui dans la tradition biblique symbolise l’amour, que c’est à cette humanité privée d’amour que le Christ a été envoyé.

« Sois un époux » dont l’amour fidèle pour sa bien-aimée sera le berceau dans lequel l’enfant pourra compter et où il sera accueilli. La conjugaison du masculin et du féminin conditionne non seulement l’engendrement, mais aussi l’éclosion de l’enfant, sa maturation.

On ne peut être père si on n’est pas d’abord époux, si l’on n’a pas un conjoint sans lequel la conception d’un enfant est impossible. Sans la mère, le père ne peut transmettre la vie, se prolonger dans l’existence par une descendance. Sans la mère, le père est également vite démuni pour assumer sa tâche éducative. Je pense à ces papas désarçonnés par les cris du nourrisson qu’ils tiennent entre leurs bras et dont l’ultime recours pour calmer les sanglots de leur progéniture, consiste à appeler au secours la maman.

« Sois un père », nous répète saint Joseph

« Sois un homme », « Sois un époux » pour être un jour un père. L’absence du père du fait de ruptures familiales, de son éloignement physique, absorbé qu’il est par sa vie professionnelle ou par ses engagements…Tous ces facteurs, toutes ces carences d’images paternelles fortes et inspirantes… ébranlent les fondements anthropologiques et éducatifs de nos sociétés qui se plaisent d’un côté à brouiller les identités, à émasculer, à déviriliser l’homme, et de l’autre côté à asservir la femme, jusqu’au féminicide. Au contraire, le rôle de l’autorité paternelle est de sécuriser, de garantir et de valider les fondements et les principes invariants indispensables dans la construction psychique de l’enfant.

Qu’est-ce que Saint Joseph nous apprend dans l’exercice de la paternité ? Il nous enseigne à l’école de Nazareth, que toute paternité s’exerce en vue d’un enfantement. « Je suis venu pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait en abondance », dira Jésus (Jn 10, 10). Alors que la maternité constitue un acte d’incarnation au sens premier du terme (prendre chair de la chair, et dans la chair de notre mère), la paternité relève d’un acte d’adoption qui signifie accueil, reconnaissance. La mère « connaît » de l’intérieur un sens étymologique du verbe con-naître. D’elle, l’enfant naît. Le père, lui, « reconnaît ». Dans la tradition juive (que rapporte l’Évangile à propos de Joseph), c’est le père qui donne le nom, c’est-à-dire l’identité, atteste de la singularité de l’enfant, de son existence à nulle autre pareille.

La femme qui vit l’extraordinaire aventure de l’engendrement physique, porte en elle une certitude à laquelle le père n’aura jamais pleinement accès. Car toute maternité est à dominante d’intériorité. Par son capital tendresse, elle est sécurisante et nourrissante. Quelque part, l’enfant gardera toujours la trace, parfois la nostalgie, des entrailles qui l’ont hébergé. Jean-Paul II écrivait dans Mémoire et Identité : « La mémoire appartient au mystère de la femme plus qu’à celui de l’homme, à l’instar de Marie qui “retenait toute chose en son cœur” ».

La mère dit et rappelle le sentiment de l’existence. Le père, lui, souligne à la fois l’appartenance au monde et la séparation d’avec la mère. La mère donne à l’enfant un corps charnel ; le père doit l’introduire au corps social. Le père engendre ainsi de l’extérieur. La filiation passe par une adoption.

Ni expert ni professionnel

La mission du père consiste à initier ses enfants à la vie adulte et de leur permettre d’accueillir leur propre identité grâce à des apprentissages et par des rites. Si l’enfant ne reçoit pas verticalement cette initiation d’entrée à l’âge adulte, si on ne lui donne pas la possibilité d’apprivoiser sa force, de gérer ses pulsions, de s’affranchir de la relation duelle et fusionnelle, et de l’adulation d’avec la mère, l’enfant naviguera à vue. Il cultivera de façon convulsive des émotions sensibles et sexuelles, à défaut d’avoir été affermi et conforté dans une identité qui intègre altérité et maîtrise de soi. En même temps qu’il transmet des références structurantes et une colonne vertébrale pour l’édification de la personnalité de son enfant, le père doit donner confiance et susciter un esprit de conquête, car la vie est une aventure qu’il faut investir avec courage et pugnacité. Le récit biblique de la création de l’homme et de la femme (Gn 1 & 2) souligne que le péché originel participe d’une désobéissance, mais aussi dans une stratégie d’évitement du dessein du Créateur (« je me suis caché », dira Adam au Créateur). Si l’être humain n’est plus à la hauteur du rêve inscrit dans son cœur et que Dieu a sur lui, alors il va s’adonner aux faux-semblants, à de la parodie ; ou par peur, stagner dans la passivité.

Le père n’est pas un « expert ». La paternité n’est pas un métier. Elle ne repose pas sur une technique. Elle est un compagnonnage, un apprentissage. Elle s’apprend avec le temps. La transmission paternelle se réalise par osmose, par exemplarité, par capillarité.

Le père engendre mais aussi éduque. Á l’instar de Saint Joseph qui a appris à Jésus son humanité, sa judaïté, chaque père enseigne à ses enfants, aux côtés de son épouse, l’art de vivre. La famille est une école qui doit offrir des repères sûrs, un mode d’emploi de l’existence qui nous épargne de tout réinventer. L’origine étymologique du mot « autorité » signifie « faire grandir », élever au sens premier du mot, afin que l’enfant devienne un jour sujet de son histoire.

Dieu, source de la paternité

Cher pèlerin, « Sois un père » par tes conseils, mais d’abord par ta cohérence de vie, par l’exigence que tu portes. « Sois père » par la qualité de ta présence, le temps précieux que tu offres à chacun sans parti pris, par le regard bienveillant et provident que tu portes aux membres de ta famille et en particulier aux plus fragiles. Un regard libre qui n’emprisonne pas autrui, mais qui libère au contraire du fatalisme et qui est résilient et rempli d’espérance. Un regard de père prodigue et qui sait que l’amour de Dieu est plus grand que ce qui nous sépare de Lui. Chaque enfant attend de son père une bénédiction, c’est-à-dire une reconnaissance, une miséricorde, un encouragement, un appel au large.

Chers pères, votre paternité renvoie à plus grand qu’elle, à la paternité de Dieu qui en est la source. La « paternité n’est pas un exercice de possession, mais renvoie à une paternité plus haute » (François), comme le souligne Jésus quand il disait aux siens : « Tout pouvoir m’a été donné d’en Haut » (Jn 19, 11).

Cher pèlerin, ta paternité est à la fois une grâce, un don de Dieu ; une tâche à plein temps et prioritaire ; un message pour tant de familles fracassées et dans une culture qui voudrait destituer le père (ce que d’aucuns nomment le « meurtre du père »).

Saint Joseph redit à chacun en ce jour : Sois un homme. Sois un époux. Sois un père. »


 

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